Maison 183

En 1924 le propriétaire est René Tandé, qui consent au classement de "la maison formant le coin ouest du fond de la grande place de Locronan, comprenant un rez-de-chaussée, un étage et une lucarne monumentale au grenier ; ainsi que le portique y attenant de même que le mur de clôture portant dans un coin l'insigne de la Compagnie des Indes qui a bâti le tout en 1689, figurant au plan cadastral sous 183bis (en fait le 183) de la section I".

Maison 183, occupée par trois propriétaires au début du vingtième siècle.

Maison 183, anciennement Hôtel Pommier, où Hôtel de la Compagnie des Indes.

Hôtel de la Compagnie des Indes

Hôtel de la Compagnie des Indes















La carte postale 3029 des éditions Le Doaré montre que cette maison était divisée en trois parties au début du XXéme siècle.  La partie de gauche est celle de René Tandé ; celle du centre est occupée par Guillaume Guezennec, qui donne lui aussi son consentement pour le classement de "la maison avec cave, rez de chaussée, un étage et une mansarde avec lucarnes, formant la partie du milieu du fond de la place et comprise sous le numéro 183 du plan cadastral section I et portant la date de 1689".

La partie de droite est habitée par François Chellé et Marie Duhauvet son épouse, qui refusent de signer.

En 1933, Madame Louise Pré, sollicite et obtient "l'autorisation de construire un bâtiment adossé à un immeuble classé monument historique et situé place de l'Eglise de Locronan (n° 183 section I du cadastre) appartenant auparavant à Monsieur René Tandé", pour agrandir son hôtel.       

Au XIXème siècle, le bâtiment a abrité la gendarmerie de Locronan de 1816 à 1864. Sur le cadastre de 1847, le lot 183 regroupe un ensemble beaucoup plus vaste englobant tout l'immeuble du bas de la place. 

Son propriétaire est Louis Georges Fournier du Pescay, maire de Locronan, époux de Marie Anastase de Leissègues. La propriété avait été acquise de la famille Chardon le 2 décembre 1788 par Germain Jean Guillaume de Leissegues de Rozaven, le père de Marie Anastase, qui en prendra possession le 3.3.17891 :

 « …à la requette de noble maître Germain Jean Guillaume de Leissègues de Rozaven avocat à la cour et procureur fiscal de plusieurs juridictions demeurant ville et paroisse de Locronan Saint Ronan des Bois nous nous sommes en sa compagnie transportés de nos études jusques et en une maison sittuée au nord de la place de laditte ville de Locronan actuellement occupée tant par le sieur Duhauvel, Paul Merglet qu’autres particuliers où étant ledit sieur de Leissegues de Rozaven nous a mis en mains une grosse en velin du contrat d’acquet par lui judiciellement fait tant de laditte maison, cour, écurie, bacheries, dépendances, mazures et autres droits y mentionnés le deux décembre mil sept cent quatre vingt huit duement insinué au bureau dudit Locronan le douze des mêmes mois et an de noble homme Louis Pierre Chardon négociant à Douarnenez héritiers sous bénéfice d’inventaire d’autre noble homme Pierre Ellye Chardon son frère pour une somme de quatre mille livres… »

La demoiselle Pommier, née Anne Boger, enrichie par son commerce de toiles à voile avec la Compagnie des Indes, demeurait à son décès, le 14 juillet 1752 dans cette grande maison située au bas de la place de Locronan, qu’elle avait cédé à son neveu Pierre Chardon par acte des 5 et 19 juin 17522 :

"Entre nous soussignés demoiselle Boger veuve de feu maitre François Marguerite Pommier, vivant avocat à la cour, et noble homme Pierre Ely Chardon négociants demeurants en la ville de Locronan paroisse de Saint Ronan des Bois sont convenus et arrêtés les points et conditions qui suivent

            scavoir

Que moy demoiselle veuve Pommier déclare par le présent vendre et transporter purement et simplement avec garantie au dit sieur Chardon acceptant, scavoir est la maison dans laquelle je demeure actuellement en laditte ville de Locronan, le magasin, écurie et jardin à l’occident et nord de laditte maison, le tout situé en laditte ville et paroisse de Locronan des Bois, donnant laditte maison, magasin, écurie et jardin donnants sur autre maison à laditte demoiselle Pommier, actuellement profittée par la veuve du Sieur Joseph le Bel, du mydy sur la grande place dudit Locronan, d’occident sur la venelle nommée Toul Prigent,  et du nord sur jardin à Allain le Piclet et sur maison dépendante de la chapelenie du Mat, bien roturier relevant du proche fief de la jurisdiction de Locronan, laditte vente faite et convenue entre nous , pour et moyennant la somme de deux mille quatre cent livres, et comme ledit sieur Chardon ne se trouve pas actuellement en état de payer laditte somme de deux mille quatre cent livres prix du présent contract, moy ditte demoiselle Pommier déclare la luy laisser à titre de constitu au denier vingt à la charge de ma payer annuellement la somme de cent vingt livres de rente , laditte rente constituée remboursable [lelies quoties] en un seul payement, nous réservant nous ditte demoiselle Pommier la jouissance de notre ditte maison, magasin, écurie et jardin survendus, pendant notre vie seulement, et en cette considération ledit sieur Chardon sera exempt de nous payer laditte rente constituée, mais seulement d’en faire l’acquis à mes héritiers dans le jour et an après mon décès, ainsy continuer à perpétuité ou jusques audit remboursement, ainsy qu’il est cy dessus dit et stipulé, pourra néanmoins ledit sieur Chardon prendre possession dans lesdits héritages survendus et s’en approprier auxprochains plaids suivant les arrêts et règlements ou quand bon luy semblera, et pour cet effet moy demoiselle Pommier déclare nommer pour mon procureur général et spécial le porteur d’une grosse d’une grosse du présent, auquel je donne tout pouvoir sur ce requis et nécessaire et promets et avouer à tout ce que dessus effectuer et accomplir, nous dittes demoiselle Pommier et sieur Chardon nous nous obligeons sous les obligations requises de droit de coutume et d’ordonnance fait double à Locronan le 5me juin 1752. Signé, Chardon, la Pommier".

Pierre Chardon fait une autre acquisition au même endroit en 1757 par échange avec Marie Huart3 :

"le sieur Chardon « cede et transporte à titre d’échange…une maison couverte de paille scittuée en la rue Moal ou demeure actuellement Corentin Autret, avec son jardinet derrière à son oriant, circonstances et dépendances, le tout acquis par ledit sieur Chardon de Louise Pavec…et encontre echange laditte Huart, lesdits Guedes et Guenollay …ont…cédés et transportés audit sieur Chardon une maison à deux étages couverte d’ardoises sur la grande place dudit Locronan habitée par laditte marie Huart, donnant d’oriant sur ladite maison où demeure ledit sieur Chardon, du midy sur ladite place de locronan et d’occident sur chemin nommé Toul Prigent conduisant dudit Locronan au manoir de Tresseaul avec ses circonstances et dépendances… chargé de trois livres de rente annuelle à la chapelle Saint Eutrope… ".

Sur les livres de comptes de la fabrique Saint Eutrope on note qu’en 1703, "Adrien Huart doit aussi trois livres en acquit de Guillaume le Calvez le jeune dessus sa maison au bas de la place audit Locronan vers Toul Prigent." Il paye encore en 1706,1707,1714, mais c’est Marie Huart qui le fait en 1748, puis le sieur Chardon en 1769,1770,1788.

 Notes
1 Arch. Dep. Finistère, 4 E 71 9, Acte possessoire par  Germain de Leissègues, de droits dépendants de la succession du sieur Chardon, 1789.
2 Arch. Dep. Finistère, 4 E 36 14, Vente par la demoiselle Pommier à Ely Chardon, 1752.
3 Arch. Dep. Finistère, 4 E 36 17, Contrat d'échange entre le sieur Chardon et Marie Huart, 1757.