Le Musée

Le musée de Locronan a été créé en 1934, par son député-maire Charles Daniélou, plusieurs fois ministre, écrivain et grand amateur d'arts, grâce aux nombreux dons (près de 100) fait par des peintres, graveurs ou sculpteurs. Il sera inauguré le samedi vingt cinq août 1934. Plusieurs délibérations du conseil municipal et articles de presse en témoignent.

A la séance du conseil municipal du 13 mai 19341, le maire "expose au conseil la nécessité d'entreprendre sans plus tarder les travaux qui s'imposent à l'immeuble de la mairie, qui se trouve depuis trop longtemps dans un état lamentable. Les deux salles du rez-de-chaussée sont à refaire, l'une pour la salle de délibération, la seconde pour recevoir les tableaux offerts par les artistes peintres et sculpteurs à la commune de Locronan. Les travaux nécessiteront une dépense d'environ dix mille francs. Les Beaux-Arts participeront à la réfection de la seconde salle. Pour la salle de délibération il faudrait un crédit de six mille francs. Le conseil, en approuvant le projet, exprime le veux que la Commission Départementale du Conseil Général participe à ces travaux en accordant une subvention aussi large que possible".

Le huit août 1934, une subvention de 4000 francs est accordée à la commune de Locronan "pour lui permettre d'organiser les collections de son musée".
Mais les travaux étaient déjà commencés, selon un article de la Dépêche de Brest du 14 juin 19342, qui relate la redécouverte d'un cachet de la mairie disparu en 1904 :
"On travaille activement dans la mairie de Locronan à l'aménagement des deux salles du musée, que Mr Charles Daniélou, député du Finistère, maire de Locronan, vient d'avoir l'heureuse idée de créer dans la ville historique qui a toujours été un séjour de prédilection pour les artistes et qui attire toute l'année de nombreux touristes. Or mardi dernier, en démolissant un vieux plancher, on vient de faire une découverte causant un certain émoi dans la cité qui fut chère à la duchesse Anne. Oh! ce n'est pas un trésor enfoui là depuis des siècles, c'est l'ancien cachet de la mairie qui disparut il y a 30 ans et dont le vol, car vol il y eut, fit beaucoup de bruit à l'époque. C'est vers le 17 juillet 1904 que M. Alain Brélivet, alors maire de Locronan, s'aperçut de la disparition du cachet de la mairie "
etc.
Après avoir donné tous les détails de l'affaire, le journaliste conclu son article en annonçant la prochaine inauguration du musée :
"Nous aurons à parler prochainement de l'inauguration du musée de Locronan, qui sera fort intéressant. L'administration des Beaux-Arts, d'importants groupements artistiques de Paris, des peintres et sculpteurs connus, doivent envoyer ces jours-ci plus de 100 toiles ou statues dont la plupart sont consacrées à la Bretagne, et en particulier à Locronan".

Comme nous l'avons déjà dit, cette inauguration eut lieu le 25 août suivant, ainsi que le rapporte l'article de "La Dépêche de Brest" du lendemain, qui titrait :

La Dépêche, août 1934

Inauguration, août 1934.

Inauguration du Musée, samedi 25.08.1934, avec au centre Henriette Desportes et Charles Daniélou, et tout à droite Guillaume Hémon. La Dépêche, 29 août 1934.

Cette réunion, à laquelle assistèrent de nombreux peintres et sculpteurs ayant gracieusement offert leurs œuvres, eut lieu à l'occasion de la première assemblée de son Comité des Beaux-Arts. Citons le début du discours de Charles Daniélou, relatant la fondation de son musée :
"En vous souhaitant la bienvenue au nom de notre vieille cité, j'ai l'agréable devoir de vous remercier d'avoir bien voulu répondre à l'appel que nous vous avons adressé, il y a quelques semaines par l'envoi de celles de vos œuvres que vous avez jugé les plus évocatrices de notre coin de terre bretonne, aujourd'hui par votre présence parmi nous.
Je suis autorisé à vous dire, par les lettres que j'ai reçues d'eux, que ceux de vos collègues qui, avec vous, ont contribué à la constitution de notre musée, et qui ont été retenus ailleurs par leurs travaux, éprouvent un très grand regret de ne pouvoir participer à cette fête fraternelle.
L'idée de cette création n'est pas nouvelle. J'en avais conçu le projet, depuis longtemps déjà, en même temps qu'avec mon adjoint Guillaume Hémon, dont la croix de la Légion d'honneur a consacré le dévouement, je m'efforçais de sauvegarder les précieux vestiges d'un passé architectural unique que constituent notre vieille place dominée par sa haute tour mousseuse et ses maisons dans le recueillement de leur grisaille autour du puits commun.
Mais quelle œuvre pouvais-je entreprendre sans le concours des artistes eux-mêmes, dans notre pauvreté
[sans]
pareille. Sans doute les encouragements ne faisaient pas défaut, mais il fallait qu'ils se matérialisassent. Oscar Chauvaux, que je rencontrais à Paris un soir du dernier printemps, me proposa sa collaboration sous la forme si délicate de frère quêteur, non pas d'argent mais de chefs-d'œuvre.
Vous avez pu juger, autant que moi-même je l'ai fait, son activité. Vous avez apprécié surtout son désintéressement si j'en juge par le généreux élan de solidarité qu'il a provoqué parmi vous.
Grâce à lui en quelques semaines, les éléments essentiels de notre fondation étaient groupés dans son vaste atelier de Paris. La première salle que nous avions prévue et préparée pour recevoir vos œuvres apparaissait tout aussitôt insuffisante. Il en fallut une seconde, puis une troisième… et nous sommes à nos débuts.
Le succès rencontré auprès du grand public par cette création devait lui-même dépasser toutes nos prévisions.
Au cours de notre premier mois d'existence, plus de mille visiteurs ont déjà franchis nos portes. Des étrangers, inconnus jusque là de nous, rentrés dans leur pays, ont tenu à nous adresser spontanément l'expression de la satisfaction que nous leur avions procurée en jetant sur leur route touristique une interprétation si nombreuse et si complète de la terre dont ils venaient d'admirer la sévère et pittoresque beauté
".
Simultanément, Charles Daniélou crée une société, "Les Amis de Locronan", dont les statuts sont publiés dans la Dépêche du 27 août 1934 :

La Dépêche. 27 août 1934

La Dépêche. 27 août 1934

Cette société civile va signer avec la commune un bail de location du musée d'une durée de 18 ans :
Le 30 décembre 1934, "un bail pour la location en totalité de la maison communale où se trouve installé le musée, est consentie à la société civile Les Amis de Locronan", société fondée pour la gestion du musée, pour la somme de 300 francs par an. Le locataire "aura la faculté de faire dans tous les lieux loués, tout aménagements, agencements, modifications et embellissements que bon lui semblera pour son Musée et ses salles de réception et de service…Le local actuellement occupé par la classe enfantine sera rendu libre et mis à la disposition des "Amis de Locronan" dans le plus bref délai possible".

Mais les travaux ne sont pas terminés et doivent être poursuivis. Le conseil municipal du 25 mars 1935, sollicite une subvention départementale car "des réparations assez urgentes et très onéreuses seraient encore nécessaires pour l'immeuble affecté au Musée de Locronan. Déjà en 1934 de grosses réparations ont été faites au rez-de-chaussée mais il reste les 1er et 2ème étages qui sont dans un état lamentable".

On peut lire, dans "La Dépêche" du six août 1937, que "trois nouvelles salles [au premier étage] sont désormais ouvertes au public, salles vastes, bien éclairées et déjà bien garnies. Ces nouveaux aménagements vont permettre de consacrer une salle entière à la peinture moderne ; bien entendu il ne sera fait choix que d'un modernisme sensé et non pas outrancier et nous sommes heureux d'apprendre que les artistes, dont les toiles ont déjà été remarquées dans divers salons, ont déjà envoyé, ou vont envoyer des œuvres fort intéressantes au Musée de Locronan".

Un premier catalogue des œuvres du musée est publié en 19343. Il va s'enrichir chaque année, les nouveaux dons ou acquisitions entérinés par le Comité des Beaux-Arts, qui se réunit tous les ans à la fin du mois d'août. La liste de ces œuvres est publiée par "La Croix" en 1935, et "La Dépêche" en 1936 :

La Dépêche. 1er septembre 1936

La Dépêche. 1er septembre 1936

La Croix. 7 août 1935

La Croix. 7 août 1935

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le succès du Musée est alors indéniable, puisque après trois saisons plus de 8000 personnes l'ont visité. Mais la seconde guerre mondiale va interrompre ses activités, et comme tous les bâtiments communaux, il va beaucoup souffrir de l'occupation du village par l'armée allemande. Charles Daniélou quitte ses fonctions de maire en 1945. Il sera remplacé par Guillaume Hémon jusqu'en 1947, puis ensuite par Jean Nicolas.

En novembre 1946, le conseil municipal approuve la désignation de Mr Legrand comme architecte chargé de surveiller et de diriger les travaux de restauration des bâtiments communaux, après les dommages occasionnés par les Allemands pendant l'occupation de Locronan de 1940 à 1944. La réouverture ne se fera finalement qu'en 1949, après que la société des "Amis de Locronan" en ait abandonné la gestion. A la réunion du 14 août 1949 du conseil municipal, "Monsieur le Maire [Jean Nicolas] expose qu'il y aurait lieu d'ouvrir le Musée, cédé à la Mairie de Locronan par la société "Les Amis de Locronan".
Il demande au conseil de fixer le prix des entrées et des honoraires à payer pour le gardiennage de ce Musée.
Le conseil ayant mûrement délibéré, décide de fixer le prix des entrées à vingt francs pour les grandes personnes, et dix francs pour les enfants.
Il décide en outre de payer le gardien, vingt pour cent des recettes effectuées dans ce Musée."

Depuis lors, il aura été réorganisé plusieurs fois. Actuellement une grande salle au rez-de-chaussée est consacrée au tissage, activité qui avait fait la richesse de Locronan jusqu'au XVIIIème siècle. L'essentiel des œuvres rassemblées par Charles Daniélou est exposé au premier étage, quelques-unes parmi les plus belles décorent la salle de délibération de la mairie, et d'autres sont conservées dans la réserve du deuxième étage.

Invocation Notre Dame des Flots

O.Pauvert. Invocation à Notre Dame des Flots. Cliché Mémoires de Locronan, février 2012

 Malheureusement, beaucoup de ces tableaux ont eu à souffrir de l'humidité des salles pendant les mois de fermeture d'automne et d'hiver, et méritent une rénovation que le budget du musée ne permet pas de réaliser. C'est le cas par exemple d'un grand tableau d'Odette Pauvert (2 x 2,6 m), "l'Invocation à Notre Dame des Flots" que notre association avait redécouvert lors d'un inventaire réalisé en 2012, à la demande de la mairie. Il se trouvait relégué dans un coin de la réserve, sans cadre, plié et déchiré, le morceau supérieur droit enlevé.

La Légende de Saint Ronan

La Légende de Saint Ronan,1925. Col. ENSBA -Paris (inv.PRP175)

Et pourtant son auteur, Odette Pauvert, avait été la première femme peintre à obtenir de Premier prix de Rome, pour "La Légende de Saint Ronan", l'ermite de Locronan. Charles Daniélou aurait souhaité avoir ce tableau dans son musée, mais il fut retenu par l'administration des Beaux-Arts. Mais, il écrit dans "La Dépêche de Brest" du 2 septembre 1935, en félicitant Odette Pauvert, qu'en compensation, "l'interprète consciencieuse qu'elle est de tant de légendes bretonnes, a tenu à nous donner son impressionnante Invocation à Notre-Dame-des-Flots, devant laquelle le passant se découvre avec tout le respect qu'inspire l'angoisse et l'espérance humaines". 

A la demande du maire de Locronan Mr Antoine Gabriele, le tableau est classé aux Monuments Historiques depuis le mois de septembre 2015. Ceci devrait permettre sa rénovation, car Odette Pauvert en avait réalisé une première étude4, huile sur carton de 0,46 x 0,55 m.

Etude, Huile sur carton

Etude, huile sur carton. Cat. Musée Poitiers, 1986

Notes

1 Archives municipales, Délibérations du Conseil, 1934-1949.
2 Journaux : La Dépêche de Brest et de l’Ouest, 14 juin 1934, 19, 26, 27,29 août 1934 ; La Croix, 7 août 1935.
3 Arch. Dép.Finistère, Musée de Locronan, Catalogue de 1934.
4 Blandine Chavanne et Bruno Gaudichon, Catalogue de l’exposition Odette Pauvert au Musée de Sainte-Croix de Poitiers, 1986.
Le tableau est en noir et blanc sur le catalogue, mais le musée en possède un cliché couleur.