La procession des reliques

 Nous avons déjà évoqué la place primordiale des reliques dans la troménie ; ce culte s’est transmis jusqu’aux processions récentes. Au début du XXe siècle, on dénombrait une dizaine de reliquaires parmi les 44 huttes et autels qui s’échelonnent le long du parcours. Outre celui de saint Ronan, il y en avait à Saint-Eutrope, Saint-Germain, Sainte-Anne-la- Palud, Saint-Milliau, Notre-Dame-de-Kergoat, Saint-Ouen, Saint-Theleau et Saint-Thurien. Les pèlerins les vénéraient comme autrefois en passant dessous, en les touchant et en les embrassant. Aujourd’hui encore, la rentrée au Peniti se fait toujours sous les reliques. A Saint-Thurien les pèlerins passent sous les reliques et les embrassent.

St-Thurien

A Saint Thurien les pèlerins passent sous les reliques et les embrassent


St -Théleau

Baiser des reliques à St Théleau

  

 

 

 

 

 

 

 

Selon la légende, le corps de saint Ronan, mort à Hillion, fut placé sur un chariot tiré par deux bœufs qui s’arrêtèrent à Locronan où il fut enterré. La troménie part de son tombeau dans la chapelle du Peniti, et y revient. Mais que contient-il ? Ses ossements sont ou étaient ailleurs. Le Menn1 a étudié ceux qui étaient conservés à la cathédrale de Quimper où un inventaire de 1273 mentionne le chef de saint Ronan dans une boîte d’argent et son corps dans une châsse d’argent. Le contenu de cette châsse sera décrit dans un autre inventaire de 1687, à la demande de l’évêque de l’époque François de Coëtlogon :

« …dans lequel reliquaire nous avons trouvé les reliques et ossements cy après dénommés, sçavoir (suivant la déclaration de deux maîtres chirurgiens qui ont estés appelés pour ce sujet) : l’omoplate du côté sinistre, le fémur d’une cuisse, un mantibule inférieur, un os occipital, le tibia ou agitoire d’un bras, un autre humerus, tibia ou agitoire, une des vertèbres du dos, un cubitus du bras, un morceau du radius ou du cubitus, un autre cubitus ou faucille, l’apophize de l’omoplat, une des vrayes côtes entières, et une autre rompue et un autre os rompu du tibia ; le tout enveloppé bien proprement dans un escharpe de tafetas verd, placé dans un bout du reliquaire… ». 

Reliquaire St Ronan

Les deux côtes de saint Ronan

A cette époque, il était important de présenter les reliques d’un saint pour attirer les pèlerins, et leur possession suscitait une vive concurrence entre les établissements religieux : à la suite du transfert de l’essentiel de ses reliques à la cathédrale de Quimper, Locronan ne possédait plus  que deux côtes. Elles sont conservées actuellement dans deux reliquaires en argent, alors que celles de Quimper ont été détruites   sous   la   Révolution,   lorsque   la   cathédrale   fut vandalisée le 12 décembre 1793.                                                           

 

 

 

Les saints les plus populaires avaient droit à un reliquaire en argent ou tout au moins en cuivre argenté, lui-même placé dans un autre reliquaire en bois lors de la procession. Celui de saint Ronan est orné des armes de France et de Bretagne, de celles des seigneuries voisines, Nevet et Guengat, et de celles du prieur et de l’évêque.

En 1713, la fabrique Saint-Ronan paye 2 livres à Pierre Morvan « pour avoir fait un branquart à porter les saintes reliques les jours solennels compris bois à le faire et œuvre de main ». Est-ce celui qui est encore utilisé de nos jours, sur lequel on voit aussi les armoiries de François Hyacinthe de Pleuc du Timeur, évêque de Quimper de 1707 à 1739 et celles de François de Coëtlogon, prieur de Locronan ? 

Trois autres reliquaires en cuivre argenté ont été conservés : celui de Saint-Eutrope, visible dans le trésor de l’église de Locronan, et qui, plongé dans l’eau de la fontaine du même nom située près de la chapelle Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, servait à préparer l’eau des reliques, et ceux de Saint-Théleau et Saint-Thurien dans la paroisse de Plogonnec.

A Plonévez-Porzay, le reliquaire de l’église paroissiale est en bois peint ; des sept reliques différentes, nombre faste, qu’il contenait, celle de saint Etienne a disparu ; il reste celles de saint Corentin, saint Laurent, saint Verec, saint Secondin, sainte Félicie et saint Pierre. Mais on n’y trouve pas celles de saint Milliau, patron de l’église.

Celui de sainte Anne la Palud est décoré de perles de verre colorées.

 Le culte des reliques est encore vivant dans la seconde moitié du XXe siècle : un prêtre doit être présent pour les présenter aux fidèles, et il faut aussi recueillir les offrandes. A la station de Saint de Saint-Germain, c’est le curé de Kerlaz qui tient le reliquaire qu’embrassent les pèlerins, même les porteurs de statues.

St_Germain

Notes

1 LE MENN, R.F., Monographie de la Cathédrale de Quimper, Jacob, Lemercier, Quimper, 1877